Les Articulations

Les articulations synoviales unissent au moyen de capsule et de ligaments deux ou plusieurs os adjacents. Je décrirai pour chacune le type d'articulation dont il s'agit, les surfaces articulaires (ce qui est recouvert d'un cartilage qui facilite le glissement) et les ligaments.

Articulation Radio-Carpienne

Comme son nom l'indique, cette articulation condylienne unit seulement le radius au carpe. L'ulna (ou cubitus) ne s'articule pas directement avec les os internes de la rangée proximale du carpe; c'est plutôt le ligament triangulaire qui, couvert de cartilage sur sa face distale, prolonge en interne la surface articulaire. Le sommet du triangle se situe à la base du processus styloïde de l'ulna, alors que la base du triangle s'insère sur le bord interne de l'extrémité distale du radius (de l'incisure ulnaire qui accueille la tête de l'ulna) (dessin). Ce ligament couvre le tier interne de la surface articulaire et accueille plus particulièrement le triquetrum. L'extrémité distale du radius occupe donc les deux tiers externes de la surface articulaire et possède deux cavités divisées par une crête pour recevoir les deux os externes de la rangée proximale du carpe, soit le scaphoïde en dehors et le lunatum juste en dedans. L'ensemble de la surface articulaire forme la cavité glénoïde antibrachiale; elle regarde vers l'intérieur de 15 degrés et vers l'avant de 12 degrés, ce qui correspond à l'orientation de l'extrémité distale du radius (dessin). Les faces proximales biconvexes du scaphoïde, du lunatum et du triquetrum s'unissent par des ligaments interosseux (voir les articulations carpiennes) pour former le condyle carpien. La surface articulaire de ce dernier se prolonge davantage postérieurement qu'antérieurement. La capsule s'attache au pourtour des surfaces articulaires des os concernés (mentionnés ci-haut) et se prolonge avec la capsule de l'articulation radio-ulnaire distale; notez que les deux cavités articulaires (radio-ulnaire et radio-carpienne) ne communiquent pas à moins qu'il y ait des fissures dans le ligament triangulaire. La capsule est plus lâche en postérieur qu'en antérieur. Des ligaments renforcissent la capsule sur ses quatre faces. Comme le radius exerce (de par son orientation distale) une "poussée" vers l'intérieur et vers l'avant, d'importants ligaments radio-carpiens palmaire et dorsal relient donc celui-ci au triquetrum (direction oblique vers le bas et l'intérieur). Certaines fibres s'arrêtent cependant au lunatum et au capitatum. Il existe également des ligaments ulno-carpiens palmaire et dorsal. Puis, un ligament latéral interne unit l'ulna au triquetrum et au pisiforme et un ligament latéral externe unit le radius au scaphoïde.

Articulations Carpiennes

Plusieurs articulations unissent les 8 os du carpe. Grossièrement, l'articulation médio-carpienne unit les os de la rangée proximale, qui sont liés ensemble transversalment, aux os de la rangée distale qui sont également liés entre eux. Ainsi, deux arthrodies (articulation à surfaces articulaires planes) unissent les trois os du condyle carpien (scaphoïde, lunatum et triquetrum) et trois arthrodies unissent les quatre os de la rangée distale. À chacune de ces articulations, des ligaments palmaire et dorsal unissent les faces palmaire et dorsale des os voisins et un ligament interosseux, également orienté transversalement, unit les deux os concernés, de leur face palmaire à leur face dorsale (voir schéma). Les ligaments interosseux séparent les synoviales des articulations radio-carpienne, médio-carpienne et carpo-métacarpienne. S'ajoute à la face dorsale du condyle carpien le ligament scapho-pyramidal ("pyramidal" étant l'adjectif de l'os triquetrum qui vient de son nom français) qui s'étend entre les faces dorsales du scaphoïde et du triquetrum en croisant le lunatum et la partie proximale du capitatum. L'ensemble des surfaces articulaires des arthrodies sont orientées dans un plan sagittal. Il y a cependant une articulation, condylienne cette fois, dont les surfaces articulaires sont orientées dans un plan frontal: c'est l'articulation piso-pyramidale. Ainsi, la face postérieure du pisiforme repose sur la face antérieure du triquetrum. Il s'agit d'une articulation condylienne à cause de la surface articulaire concave du pisiforme qui glisse sur la surface articulaire convexe du triquetrum. De minces ligaments renforcissent la capsule qui unit les deux os, puis trois ligaments unissent le pisiforme (1) au radius (un faisceau du ligament latéral interne de l'articulation radio-carpienne), (2) à l'hamulus ou processus unciforme de l'hamatum (ligament pisi-unciformien) et (3) au cinquième métacarpe (ligament pisi-métacarpien).

Comme je l'ai mentionné plus haut, l'articulation médio-carpienne unit les deux rangées du carpe. Cette union décrit un "S" en raison des formes des surfaces articulaires. En effet, elle est composée de deux parties aux configurations opposées: si on prend la surface proximale (c'est-à-dire les faces distales des os de la rangée proximale), la partie interne consiste en une cavité glénoïde formée des surfaces articulaires distales concaves du triquetrum et du lunatum ainsi que de la surface articulaire interne du scaphoïde alors que la partie externe consiste en un condyle ne venant que de la surface articulaire distale convexe du scaphoïde. À l'inverse, la surface distale est formée en interne d'un condyle (surfaces articulaires proximales convexes de l'hamatum et du capitatum) et en externe, la face externe du capitatum et les faces proximales du trapézoïde et du trapèze, concaves, offrent une cavité glénoïde pour le scaphoïde (voir le schéma du carpe). Il s'agit donc d'une articulation double condylienne. Une mince capsule s'étend du pourtour de la surface articulaire proximale à celui de la distale. Des ligaments à chacune des faces offrent plus de stabilité. Les ligaments palmaires prennent attache sur la face palmaire du capitatum et s'irradient vers le scaphoïde, le lunatum et le triquetrum. D'autres unissent le scaphoïde au trapèze et au trapézoïde, puis le triquetrum à l'hamatum. Le ligament pyramido-trapézo-trapézoïdien réunit ces trois os en face dorsale. En interne, un ligament s'étend du triquetrum à l'hamulus de l'hamatum. Finalement, le ligament latéral externe va du tubercule du scaphoïde à la face externe du trapèze.

Articulations Carpo-Métacarpiennes

La dernière union impliquant le carpe est l'articulation carpo-métacarpienne. Elle unit donc la rangée distale du carpe aux métacarpes. En fait, elle se divise en deux cavités articulaires car le premier métacarpe (celui du pouce, un doigt qui a tout pour lui seul) s'articule indépendamment au trapèze tandis que les trois os internes de la rangée distale carpienne forment une articulation distincte avec les quatre derniers métacarpes.

D'abord, l'articulation trapézo-métacarpienne est une articulation en selle (dont les surfaces articulaires sont à la fois convexe et concave). La surface articulaire du trapèze est convexe dans le sens dorso-palmaire et concave dans le sens radio-ulnaire. À l'inverse, la surface articulaire proximale du premier métacarpien est concave dans le sens dorso-palmaire et convexe dans le sens radio-ulnaire (dessin ci-contre).
Une capsule d'une grande laxité est renforcie par trois ligaments (dessin ci-contre): le ligament droit antéro-externe (rouge), le ligament oblique postéro-interne (bleu) et le ligament oblique antéro-interne (vert). Ces deux derniers entourent la base du premier métacarpe sur sa face interne ou ulnaire. De plus, un fort ligament inter-métacarpien (jaune) unit les bases des deux premiers métacarpes.

La seconde articulation carpo-métacarpienne est constitué d'une série d'emboîtements réciproques. Le deuxième métacarpe prend contact à la fois avec le trapèze, le trapézoïde et le capitatum; le troisième ne côtoie que le capitatum; le quatrième est partagé entre le capitatum et l'hamatum; le cinquième n'a d'yeux que pour l'hamatum. De nombreux et courts ligaments, tant palmaires que dorsaux, renforcissent ces unions sans offrir beaucoup de mobilité.

Comme à l'intérieur même des rangées du carpe, trois arthrodies appelées inter-métacarpiennes unissent les bases des quatre derniers métacarpiens. Il s'agit en fait de prolongements de l'articulation carpo-métacarpienne (voir le schéma du carpe et de ses cavités articulaires déjà présenté à l'articulation médio-carpienne). Encore une fois, des ligaments palmaire, dorsal et interosseux solidifient chacune de ces arthrodies.

Articulations des doigts

On s'éloigne maintenant du carpe pour arriver aux extrémités distales ou têtes des métacarpes où chacune d'elle s'unit avec une phalange. Des particularités distinguent chacune des articulations métacarpo-phalangiennes (MCP ou MP) pour assurer sa fonction (sa biomécanique). Cependant, je ne traiterai ici que des éléments communs. Elles font partie du groupe des condyliennes. La surface articulaire métacarpienne est convexe dans lesdeux directions, mais plus étendue et plus large (transversalement) en palmaire qu'en dorsal. D'allure sphérique, elle n'est pas régulière ou symétrique: le rayon de courbure est plus grand en direction antéro-inférieure (19 mm) qu'en direction inférieure (distale) seulement (17 mm)(dessin du haut). La cavité de la surface articulaire de l'extrémité proximale de la première phalange est concave dans les deux directions (cavité), ovale à grand axe transversal. Elle ne couvre à peine qu'un tier de la surface méacarpienne (voir rouge versus jaune sur le dessin du bas). Un fibrocartilage appelé glénoïdien ou plus simplement plaque palmaire, solidement attaché à la base de la phalange, en face palmaire bien sûr, prolonge la cavité en palmaire (rouge) afin d'accueillir sur sa face dorsale la tête métacarpienne. La face palmaire, non articulaire, de ce fibrocartilage est creusée d'une gouttière dans laquelle glissent les tendons fléchisseurs.

Un puissant ligament latéral occupe chacune des faces latérales de l'articulation. Il se divise en deux faisceaux: partant d'un tubercule sur la face dorsale de la tête métacarpienne, un premier faisceau, principal ou métacarpo-phalangien, traverse l'interligne articulaire en direction antérieure pour s'insérer sur un tubercule en face palmaire de la base de la première phalange; le deuxième faisceau, accessoire ou métacarpo-glénoïdien, s'insère quant à lui sur la plaque palmaire (dessin). Comme il en a été question plus tôt dans la section portant sur le squelette fibreux, les quatre dernières articulations MCP sont reliées entre elles à partir de leur fibrocartilage par le ligament transverse profond intermétacarpien. La MCP du pouce fait encore une fois route seul car elle possède des caractéristiques particulières. C'est qu'on y retrouve deux os sésamoïdes, à la face palmaire de l'articulation. Ainsi, la surface articulaire de la tête du premier métacarpien, qui s'étend d'ailleurs encore moins en dorsal que celle des autres têtes, s'étend sur des tubercules saillants situés de chaque côté de la face palmaire, séparés par une échancrure. Chacun de ces tubercules reçoit la surface articulaire d'un sésamoïde. Les sésamoïdes sont réunis par le fibrocartilage glénoïdien et en sont prisonniers. Ce dernier crée entre les deux une coulisse dans laquelle circule sur sa face palmaire le tendon du long fléchisseur du pouce. Les ligaments latéraux et la surface articulaire de la phalange (prolongée par un même fibrocartilage) sont identiques aux autres MCP.

 

Les neuf articulations inter-phalangiennes (2 par doigt sauf une pour le pouce), qu'elles soient proximales (IPP) ou distales (IPD), sont à toute fin pratique identiques; la distale est un modèle réduit de la proximale. Elles ressemblent beaucoup aux articulations MCP en ce qui concerne 1) le fibrocartilage glénoïdien (plaque palmaire) qui prolonge la surface articulaire de la phalange distale à l'articulation et 2) les ligaments latéraux divisés en deux faisceaux appelés cette fois phalangien-phalangien et phalangien-glénoïdien. Elles font cependant partie du groupe des trochléennes. La surface articualire de la tête phalangienne, plus étendue en palmaire qu'en dorsal, a la forme d'une trochlée trapézoïdale à base palmaire deux fois plus large que la dorsale. Une gorge peu profonde dirigée d'avant en arrière sépare deux condyles phalangiens qui, contrairement aux têtes métacarpiennes, présentent un rayon de courbure régulier ou symétrique. La surface articulaire de la base de la phalange distale à l'articulation (soit P2 ou P3) est ovale à grand axe transversal. Elle présente une crête en son centre et deux cavités glénoïdes (de part et d'autre de cette crête) afin de répondre parfaitement à la gorge et aux condyles de la surface articulaire proximale à l'articulation (P1 ou P2).