Les Pages d'Anatomie de Frederic-Charles Cloutier
 
Introduction
 
Table des Matières
 
Topographie
 
Aponévroses
 
Cutané
 
Squelette
 
Articulations
 
Musculature
 
Innervation
 
Vascularisation
 
Annexe 1
La Peau

Le revêtement cutané de la main mérite une attention particulière. Tel que mentionné dans l'introduction, la main est un véritable outil de sensation. On lui donne également le titre d'organe du toucher. C'est dans son revêtement cutané (essentiellement palmaire) que siègent les récepteurs et les terminaisons nerveuses qui permettent toute la finesse de la perception tactile. Sans entrer dans l'histologie des différentes composantes de la peau, je dresserai ici les principales caractéristiques qui distinguent la peau palmaire de la peau dorsale de la main. En effet, sur le plan anatomique et fonctionnel (rappelons que la fonction n'est jamais bien loin de l'organisation anatomique), les "deux peaux" de la main sont différentes.

Peau dorsale

La peau dorsale est fine et souple, sans appui sur le squelette sous-jacent. Elle n'a pas de rôle sensitf particulier (le même que la peau du reste du corps). Elle est pourvue d'appareils pilo-sébacés. Bref, elle n'a pour fin que de ménager la liberté de flexion des doigts. Elle est revêtue d'une couche cornée mince (0,02 mm) qui ne reprend pas la structure des papilles du derme; il n'y a donc pas d'empreintes "digitales" sur cette peau. La peau dorsale possède à l'extrémité distale de chacun des doigts des annexes spécialisés, servant au support de la pulpe palmaire et aux prises précises: les ongles. Le corps est la partie visible de l'ongle. La partie proximale de ce corps, plus blanche, est appelée lunule. L'extrémité libre est celle qui dépasse du doigt, en distal. La racine est cachée sous le repli unguéal de la peau. Le cuticule fait le lien entre ce repli et le corps de l'ongle.

Peau palmaire

À l'inverse, la peau palmaire, épaisse et résistante, est fixée au plan fibreux et au squelette sous-jacent afin d'assurer une préhension stable (pas de glissement entre le squelette et l'objet saisi). La peau recouvrant l'éminence thénar est plus mince et plus mobile à cause du tissu lâche sous-jacent, tandis que pour le reste de la paume, elle est unie au plan aponévrotique par un tissu fibreux solide.

 

La peau palmaire est glabre, c'est-à-dire dépourvue d'appareils pilo-sébacés, mais elle est munie d'abondantes glandes sudoripares eccrines (2 600 au pouce carré). Les canaux excréteurs sont "très" longs afin de traverser l'épaisse couche cornée (0,5 à 1 ou 2 mm contre 0,02 mm ailleurs sur le corps). Même si celle-ci est épaisse, elle reflète la structure papillaire du derme sous-jacent et crée ainsi les empreintes digitales.

 

La paume de la main et des doigts présentent en plus des plis cutanés à prédominance transversale qui trahissent un amarrage direct avec le plan profond. On reconnaît les plis palmaires proximal et distal qui, avec le pli d'opposition du pouce, forment un "M" dans la paume ainsi que les plis digitaux proximal, moyen et distal. À l'exception du pli d'opposition du pouce, ils correspondent aux zones où la peau se replie lors de la fermeture de la main, d'où leur nom de plis de flexion. Ils ne correspondent pas cependant à la projection cutanée des interlignes articulaires. Une seule exception toutefois, le pli digital moyen correspond à l'interligne de l'articulation inter-phalangienne proximale du doigt. Le pli digital proximal se projette presque au milieu de la phalange proximale, tandis que le pli digital distal se situe légèrement proximalement à l'interligne de l'articulation inter-phalengienne distale.

 

Tel que mentionné, la peau palmaire assume un rôle sensoriel exceptionnel. En effet, elle est équipée d'un matériel énorme de récepteurs de différentes natures. C'est une matrice de capteurs de la température, de la douleur, de la vibration, de la pression fine et de la pression grossière.

 

Afin d'amortir les pressions importantes et d'épouser grossièrement la forme des objets saisis, des coussinets adipeux sont interposés entre le plan aponévrotique superficiel et la face profonde de la peau. Ceux-ci sont cloisonnés, donc demeurent fixes, entre les tractus fibreux qui unissent la peau palmaire au plan profond (principalement entre les plis cutanés). On n'en retrouve pas toutefois en avant du triangle circonscrit par le pli d'opposition du pouce, le bord externe de l'éminence hypothénar et le pli palmaire proximal (en avant de l'aponévrose superficielle moyenne qui est unie directement à la peau). On considère trois coussinets principaux: le coussinet thénarien qui ne recouvre que la partie interne de l'éminence thénar; l'important coussinet hypothénar, le plus épais de tous, qui recouvre les muscles hypothénariens et le bord interne de la main. Ces deux premiers coussinets sont reliés à leur partie proximale, devant le ligament annulaire antérieur du carpe. Puis le coussinet métacarpo-phalangien s'étend transversalement du bord ulnaire de la main à son bord radial, devant la base des doigts. Sa limite proximale correspond aux plis palmaires transverses et sa limite distale correspond au pli de flexion digital proximal des 4 derniers doigts. À la paume, son épaisseur est plus marquée dans les espaces interdigitaux que devant les tendons fléchisseurs. Deux autres coussinets digitaux sont délimités entre les plis de flexion digitaux: un premier entre les plis proximal et moyen en regard de la première phalange; un deuxième entre les plis moyen et distal en regard de la deuxième phalange. Tous ces coussinets ont une fonction principale dans la préhension d'objets. La pulpe des doigts, le "coussinet" au-delà du pli digital distal, parfaitement adapté à la prise, est en plus spécialisé dans la sensation; elle est plus riche que n'importe quelle autre partie du corps en terminaisons sensitives. La pulpe apparaît comme un véritable organe adapté à la reconnaissance d'objet par le toucher (stéréognosie) et à la perception active de l'environnement.

 


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