Les Tremblements de terre de 1663

Monsieur Jean Des Gagniers nous raconte les tremblements de terre qui ont donne le nom aux Eboulements et plus particulierement cree St-Joseph de la Rive 1.

En l'an 1663, une serie de tremblements de terre dont l'epicentre se situe dans Charlevoix secouent si violemment la Nouvelle-France que ses habitants vivent des mois entiers dans la terreur.

D'etranges meteores avaient en quelque sorte anonce ces seismes. Au cours de l'automne precedent, des serpents de feu s'enlacaient dans le ciel pour former des caducees; un globe de feu avait ete apercu au-dessus de Quebec. A deux reprises, au mois de janvier, une legere vapeur qui s'elevait du fleuve fit voir trois soleils surmontes d'un arc-en-ciel. Le premier tremble-terre se produit le soir 5 fevrier et suscite une immense frayeur. Un bruit comme si le feu eust este dans les maisons, les murailles et les toits se balancant, les pieux des clotures paraissant danser, les cloches sonnant d'elles-memes, les animaux s'enfuyant, les gens se jetant dans les rues. On entendit sous terre et sur la terre et de tous cotes, ecrit Marie de l'Incarnation, comme une confusion de flots et de vagues qui donnoient de l'horreur.

Ce ne sont la que les premieres d'une serie de secousses qui, tantot moderees, tantot d'une incroyable violence, vont agiter le pays pendant sept mois. Affoles, les gens entendent des hurlements et des clameurs emis par des voies articulees lugubres; on voit des deux, des globes enflammes, des spectres epouvantables. Une personne contemplative, raconte Marie de l'Incarnation, a une vision d'apocalypse. Lorsqu'on peut observer les effets des premieres secousses, on decouvre quantite de crevasses sur la terre, de nouveaux torrents, de nouvelles fontaines, de nouvelles collines, ou il n'y en avoit jamais eu; la terre applanie ou il avoit auparavent des montagnes; des abimes nouveaux [...] de grandes plaines toutes vuides [...] des rochers renversez, des terres remuees, des forets detruites, les arbres etant en partie renversez, et partie enfoncez en terre jusques a la cime des branches.

La violence et la duree des tremblements de terre semblent avoir ete plus grandes sur la cote de Charlevoix. Alors que Quebec retrouve progressivement le calme, a Tadoussac les tremblements sont encore aussi frequents et aussi furieux que dans leur commencements. Les premieres secousses sont accompagnees d'un nuage de cendres qui met des heures a sa disperser, recouvrant la terre et les barques; on a meme observe un raz-de-maree.

Le pere Lalemant mentionne que, pres de la pointe aux Allouettes, une forest entiere s'estant detachee de la terre-ferme, s'est glissee dans le fleuve, et fait voir de grands arbres droits et verdoyants, qui ont pris naissance dans l'eau, du jour au lendemain. C'est un des nombreux glissements de terrain qui se produient alors, et dont le plus spectaculaire va inspirer le nom des Eboulements:

Vers la baie dite de S. Paul il y avait une petite montagne sise sur le bord du fleuve, d'un quart de lieu ou environ de tour, laquelle s'est abysmee, et comme si elle n'eut fait que plonger, elle est ressortie du fond de l'eau pour se cahnger en islette, et faire d'un lieu tout borde d'ecueils, comme il estoit, un havre d'assurance contre toutes sortes de vents.

Ce qui a donne lieu a ce recit, precise le geologue Jean-Yves Chagnon, ce sont les eboulements qui se firent a cette epoque sur les bords du fleuve aux Eboulements et dont cette paroisse a tire son nom. Une tradition conservee dans la paroisse nous confirme cette opinion. La pointe au bout de laquelle est bati le quai [de Saint-Joseph-de-la-Rive], rapporte-t-elle, a ete forme par un immense eboulis. D'ailleurs, la structure du terrain semble appuyer cette tradition.

1. Des Gagniers, Jean, Charlevoix, pays enchanteur Les Presses de l'Universite Laval, 1994